LYNDA LEMAY
Les mots pour tout dire
Alexandre Vigneault
La Presse
Une maniaque de la scène ne peut pas rester bien longtemps à vivre sans la lumière des projecteurs. Lynda Lemay songeait à prendre une petite année sabbatique après avoir bouclé sa dernière tournée, en novembre 2002. Elle voulait se reposer, prendre des cours d'italien, se la couler douce après des années d'un dur labeur coiffé par un succès français aussi impressionnant qu'inattendu homologué par l'obtention d'un important prix Victoire l'hiver dernier.
Un an plus tard, l'air radieuse, elle lance un nouveau disque. Déjà. Lynda Lemay a pourtant pris le temps d'arrêt qu'elle s'était promise. Elle a remis de l'ordre dans ses affaires (elle gère en bonne partie sa propre carrière), a renégocié des contrats, a planché sur son emploi du temps des prochains mois et a même eu le temps d'écrire. De nouvelles chansons qu'on retrouve sur Les Secrets des oiseaux (à paraître mardi) et d'autres qu'on n'entendra pas avant la fin de l'année 2004 lors de la première représentation du spectacle ambitieux sur lequel elle planche depuis un moment.
«Ça n'a pas été long que je me suis ennuyée de la scène», dit la chanteuse, qui a d'ailleurs renoué avec la scène à la faveur d'une récente série de concerts à La Réunion. Puisque son public attendait de nouvelles chansons et qu'elle en avait une vingtaine, elle les a enregistrées, sans se presser, avec son complice le pianiste Louis Bernier. Une fois les nouveaux airs mis en boîte, elle a eu hâte d'en faire un cédé et de le présenter à ses fans.
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Au fond des choses...
Les Secrets des oiseaux ne tranche pas tellement avec ce qu'on connaît déjà de Lynda Lemay. Un peu plus de guitares électriques ici (J'aime pas les femmes, De tes rêves à mes rêves), un brin de jazz là (Le Chameau), mais surtout des chansons piano-voix plutôt conventionnelles. Plutôt que de transformer une recette qui marche, elle enfonce le clou et va encore plus loin dans ses descriptions de la vie de tous les jours.
«Mon but, c'est d'aborder des sujets tabou, quand je trouve le bon angle, rappelle-t-elle. Ça me fait du bien de chanter des choses qui brisent des silences, souvent lourds et néfastes. Et je me rends compte que ça fait du bien à d'autres.»
Lynda Lemay, d'une certaine manière, chante ce que d'autres pensent tout bas, quitte à mettre en chanson des choses qui ne méritent peut-être pas tant d'égards...
Dans Ça sent le bébé, elle prend quatre minutes pour décrire le parfum qui règne dans une maison où vient d'apparaître un nourrisson. Ne reculant devant rien, elle retrousse ses manches et n'hésite pas à aller chercher ses rimes jusqu'au fond d'une couche: Même s'ils font brûler / Comme des vieux hippies / L'encens l'plus corsés / Ça sent les Huggies. Ou encore: Ça sent l'poulet cru / En train d'mariner / Dans son propre jus / Sa sauce fécale...
«Ceux qui prennent la chanson au premier degré n'aimeront pas ça du tout, mais ceux qui la voient comme une description d'une maison où il y a un poupon trouveront peut-être ça drôle, croit Lynda Lemay. En tout cas, moi, je trouve ça drôle. Et à la fin, je dépasse les limites, au lieu de finir avec un mot tendre, j'enfonce le clou!»
Sur d'autres chansons, elle construit un parallèle entre une putain et une ambulance (Faut faire du bien), brosse un portrait peu flatteur des femmes mariées depuis trop longtemps (Les Épouses), implore le bon Dieu (M'exaucerais-tu quand même) et raconte des amours, tristes ou joyeuses. Elle fait aussi le portrait d'une chanteuse postillonnant au visage de ses fans qui, après vérification, n'est pas Céline Dion. Comme la chanson s'appelle Le Chameau et qu'il y en avait un au mariage de la diva, on a pensé que peut-être c'était un clin d'oeil, mais, bon, finalement, non...
Un nouveau défi
Lynda Lemay aura du pain sur la planche au cours des prochains mois. En plus d'entreprendre une tournée française, elle mettra la dernière main au grand spectacle qu'elle prépare pour la fin de 2004 et qui devrait s'intituler Un éternel hiver. Elle refuse d'en dévoiler le thème, précisant toutefois qu'il ne faut pas s'attendre à une comédie musicale, mais à une suite de tableaux comportant plusieurs personnages. Côté musique, on doit s'attendre à des sonorités country «parce que ça se passe dans un restaurant de village».
«C'est vraiment loin de Notre-Dame de Paris, ça ressemble plus à une longue chanson, explique-t-elle. Ça reste très sobre, très intimiste, comme mes concerts habituels. On va recréer un environnement qui permettra de situer les personnages, mais ça va rester de la mise en place plus que de la mise en scène. Il n'y aura pas de danse.»
Ce n'est pas par défi que la chanteuse a entrepris cet ambitieux projet d'écriture. Elle a décidé d'exploiter le filon après avoir écrit, sans le vouloir, trois ou quatre chansons traitant d'un thème semblable. «C'est devenu un défi, acquiesce-t-elle. Maintenant, il faut que je resserre tout ça. Le plus gros est fait, il reste le fignolage. J'ai l'impression que ça va se faire au moment des répétitions, l'été prochain.» Un éternel hiver devrait prendre l'affiche à la fin de 2004, en Europe. Lynda Lemay prendra une pause dans sa tournée pour lancer ce spectacle en province. «On ne s'installera pas dans une grande ville, je ne prends pas ce risque-là», dit-elle.
En plus de tout ça, la chanteuse québécoise se transforme en productrice. Maintenant qu'elle en a les moyens, elle exauce un vieux souhait et permet à son amie Julie LeBon de faire un deuxième disque. «Elle avait fait un disque que j'aime beaucoup au milieu des années 1990, mais elle n'était pas bien entourée à l'époque», rappelle-t-elle. Elle entend la faire connaître du public québécois et français, et ça commence avec It's Friday Night, un duo qui apparaît sur Les Secrets des oiseaux. N'est-ce pas une forme de convergence à petite échelle?